23 décembre 2005

Jarhead

sans_titre75

Réalisé par Sam Mendes
Avec Jake Gyllenhaal, Peter Sarsgaard, Jamie Foxx
USA - 2005 - 1h55

Eté 1990. Anthony Swofford, fils et petit-fils de militaires, vient tout juste de fêter son vingtième anniversaire lorsqu'il est envoyé dans le désert saoudien. La Guerre du Golfe vient d'éclater, son bataillon de Marines est parmi les premiers à se déployer dans cette aride et immense étendue de sable.
Pour ces jeunes déracinés, gavés d'images et de phraséologie guerrières, ivres de rock et de bière, commence alors la longue et dérisoire attente d'un ennemi fantôme. La soif, la peur, l'épuisement, l'ennui, les frustrations lancinantes, les tensions extrêmes s'additionnent dans un climat de plus en plus délétère et explosif. Dans cet enfer naîtront pourtant de surprenantes et inaltérables amitiés entre compagnons d'armes liés par le vieux serment des Marines.

"Jarhead" ou comment réaliser un film de guerre sans la moindre scène de guerre tout en étant le meilleur exemple de ce que devrait être un film de guerre (vous me suivez?). Mendes pour sa troisième réalisation, après le somptueux et cinglant "American beauty" et le très sympathique "Les sentiers de la perdition", nous livre ici le parfait film anti miltarisme. Tout ceci sans en faire des tonnes avec des messages lourds de sens et mielleux comme on est souvent habitué à en voir dans ce genre de films. En effet, à travers la rage de ces hommes isolés dans le désert qui attendent enfin leur heure de gloire et surtout de pouvoir se retrouver au combat, Mendes décrit avec brio les pires frustration de ces soldats dont on leur a promis une grande guerre.

Le film se démarque par la psychologie très poussée de ses personnage à l'instar d'un "Apocalypse Now" ou d'un "Full metal jacket". C'est d'ailleurs deux références qui sautent aux yeux lors du visionnage du film: la trame de fond du scénario est en tout point identique au chefs d'oeuvre de Kubrick (entraînement des soldats, vie sur le terrain et "attaque" finale), de plus le réalisateur intègre une séance de cinéma dans son film qui n'est autre que le film de Coppola. C'est d'ailleurs dans cette scène qu'il nous montre à quel point les grands films de guerre pacifique ne sont pas compris (ou du moins sont mal interprétés à tel point d'en devenir un objet de propagande) par ces soldats qui sont fou de joie devant l'attaque au napalm sur fond de Wagner.

Donc désolé pour tout amateurs de films patriotiques contenant des actes d'héroïsme sur humains: ce film n'est pas fait pour vous! Ici on ne parle que d'ennuie, de solitude dans ce désert irakien (dont les couleurs chaudes dû à une photographie exemplaire le rendent hypnotisant). On y voit que des hommes qui se sont engagés dans la marine un peu par désespoir de causes et qui rêvent de devenir des "héros" comme l'étaient leurs pères ou grand pères: on est exactement dans l'exemple parfait de ce que dérivait "Fight Club" comme la "génération perdue".

La première partie du film, qui expose la vie des Marines en entraînement puis dans les camps du désert, permet de mettre un accent sur la personnalité de chaque protagoniste et le tout prend de l'ampleur dans une seconde partie où l'on sent la tension plus palpable entre ces mêmes soldats: les doutes commencent à apparaître concernant cette guerre, concernant leurs familles aux Etats-Unis. Certains deviennent père, d'autres se font plaqués, la paranoïa s'installe chez le héro (transcendé à l'écran par un Jake Gyllenhaal plus que prometteur pour l'avenir). Jusqu'à ce que le tout éclate dans une scène riche en tension et en émotion représentant bien l'état d'esprit de ces Marines.
Léger bémol sur la dernière demi heure de film qui est un poil trop longuette, mais ça ne gâche pas le résultat final. De plus, les scènes de puits de pétrole enflammés la nuit sont d'une beauté renversante. Non franchement Mendes a fait du bon boulot général.

S'ajoute à ceci un casting riche avec un Jamie Foxx certes dans un rôle classique en sergent autoritaire mais efficace, mais surtout un Jake Gyllenhaal qui nous prouve avec sa grande prestation dans "Donnie Darko" qu'il est certainement l'un des futurs grand talent sur lequel le cinéma américain devra à présent compter.
La B.O. quant à elle est très bien fichue de part son éclectisme et son choix général (des gros tubes du début des années 90: du Bobby McFerrin, du Nirvana, du Public Enemy...) ce qui renforce la cohérence du film.

En conclusion nous avons affaire ici à l'un des tout premier film concernant la guerre du Golfe, avec le déjà excellent mais peut-être trop comique "Les Rois du désert", qui en plus de bénéficier d'une très bonne réalisation, apporte une réflexion profonde et surtout subtile sur "l'utilité" de ce conflit. Encore 1 point de marqué pour ce réalisateur d'origine anglaise qui ne cesse de surprendre par sa diversité.

Posté par travisisdead à 15:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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